Par le Colonel BEM Jo Deleers

Organisation théorique depuis 1952

L’armée belge avait calqué son organisation sur celle de l’armée américaine qui était restée inchangée depuis 1945 :

  • Par Division d’Infanterie (DI) : un escadron (Esc) de reconnaissance (Recce)
  • Par Division Blindée (DB) : un bataillon (Bn) Recce à quatre Esc
  • Par Corps d’Armée : un régiment Recce (Cavalry Regt) à trois Bn Recce, chacun à trois Esc Recce, un Esc Tk et une batterie (Bie) d’artillerie équipée d’obusiers (How SP 105 mm)

Situation réelle en 1956

  • Au niveau des divisions d’infanterie, nous trouvons le 1er Esc Recce au sein de la 1ère DI et le 4ème Esc Recce comme unité de la 4ème DI qui était, elle, embryonnaire ; le 4ème Recce sera dissous en 1957.
  • Au niveau de la division blindée (16ème DB) : 1 JP à quatre Esc
  • Au niveau du 1 BE (Corps) : 2 JP à trois Esc Recce, un Esc Tk et une Bie How SP 105 mm.

Première évolution en 1957

Suite à la réduction du service militaire et à un besoin accru de forces de couverture pour la mission de l’Armée belge à la frontière avec le bloc de l’Est : un troisième Bn Recce est créé et chacun d’entre eux comporte trois Esc Recce.

  • Ce troisième Bn Recce est obtenu par la transformation du 4ème Lanciers (Bn Tk de Corps à Leopoldsburg) en un Bn Recce à Werl. Il était composé de la manière suivante :
    • EM Bn et un Esc 4 L (avec matériel issu de la réserve) 
    • 1 Recce Esk
    • D Esk issu du 1 JP
    • Le 4 L fut le premier à recevoir les M 41 Walker Bulldog en 1958.
  • 1 JP est réduit à trois Esc ayant fourni son D Esk au 4L.
  • 2 JP est également réduit à trois Esc Recce par suppression des Esc Tk et Bie How.

Organisation LANDCENT à partir de 1961

Cette organisation dite LANDCENT (Land Forces Central Europe) implique une motorisation totale des grandes unités, une mobilité, une autonomie et une protection accrue[1]

Cette organisation théorique (TO) est la suivante :

  • Par Bde : un Esc Recce indépendant (échelon corps)
  • Par Div : un Bn Recce à deux Esc d’active
  • Au niveau du Corps : un Bn Recce à trois Esc.

La nouveauté consiste en la création des Esc Recce de Bde. Ces nouvelles unités sont le résultat dans un premier temps de l’affectation, dès 1961, de quatre Esc N existants et ensuite par la création de nouveaux Esc.

  • 1 JP (16 Div) à Arolsen
    • A Esk est le seul escadron organique avant 1965
    • B Esk devient le 4 Recce Esc (4ème Bde)
    • C EsK devient le 16 Recce Esk (16ème Inf Bde)
    • En mai 1962 est constitué un nouveau 17 Esc Recce (17ème Bde Bl) Esc D
    • En Juillet 1965 est constitué un nouveau E Esk (deuxième escadron organique)
  • 2 JP (1 Div) à Kassel
    • A Esk devient le 7 Recce Esk (7ème Bde) jusqu’en 1964 où il redevient un des deux escadrons organiques du 2JP.
    • B Esk devient le 1 Recce Esk (1re Bde)
    • C Esk : escadron organique
    • En 1962 est constitué un 18ème Esk Recce (18ème Bde Bl)  (Esk D)
    • En novembre 1964 est constitué un nouveau 7 Esc Recce (7ème Bde).
  • 4 ChCh (1(BE)Corps) à Werl jusqu’en 1964, puis à Arnsberg est formé en févier 1961.
    • EM et Esc EMS : nouveaux
    • Personnel : trois Esc venus des 1 L, 3 L, et 1 G (qui perdent ainsi leur 4ème Esc)
    • Matériel et installations repris du 4 L redevenu Bn Tk à Soest.
Le Chef de Corps présente l’étendard au Régiment.

Organisation interne des Esc Recce

L’élément de combat de tous ces escadrons, indépendants ou organiques, n’a pas évolué entre 1952 et 1974 : trois pelotons comprenant chacun une jeep pour le chef de peloton, une section Recce de quatre jeeps, deux chars légers (M 24 Chaffee puis M 41 Walker Bulldog), un transport de troupe (Half-track, puis AMX 13, puis M 75) pour une section (Sec) de fusiliers (Fus) et une section de mortier transportée sur deux jeeps avec remorques, plus tard par un véhicule blindé identique à celui de la Sec Fus.

A partir de 1961 toutefois, les Esc de Bde disposaient d’un TO et d’un OB propres.

Le TO Esc (échelon corps) prévoyait :

  • Un chef de corps du niveau d’officier supérieur (major)
  • Une Sec Pers
  • Des Sec Maint et Rav renforcées pour permettre d’assurer le 2ème échelon corps.

Dans la réalité :

  • Chef de Corps : seuls les Esc F furent commandés à plusieurs reprises par des majors.
  • Gestion du personnel
    • Pour les quatre Esc N issus du 1 et 2 JP (et continuant à en porter les insignes) le rare personnel Adm fut rattaché à la Sec Pers du Bn qui administra donc, avec toutes ses implications, le personnel de trois corps distincts.
    • Les deux Esc F disposèrent d’une Sec Pers propre (pour le 17 Recce dès 1962). A partir de 1964, le personnel porta les insignes des escadrons indépendants
  • Logistique : le personnel (rarement fourni) et matériel supplémentaires furent regroupés au niveau du Bn qui assura ou coordonna pour tous le 2ème échelon corps.

Subordination

Dans l’organigramme FT, les Esc Recce de Bde figuraient dans les OB des brigades respectives.

Toutefois, dans le cadre de l’OTAN, la Belgique avait accepté la responsabilité sur une fraction de la frontière entre les deux Allemagnes. La stratégie prévoyait la défense au plus près de la frontière. La mission de couverture, permettant de gagner les délais de mise en place (instruction opérationnelle IO 11) et de préparation de la manœuvre défensive (IO 12), revêtait donc une importance primordiale. Ceci avait donné lieu en 1957 à la création d’un troisième Bn Recce (4 L) En 1959, un EM fut créé pour coordonner et assurer cette mission : Comdt F Couv à Kassel. Il reçut aux ordres l’ensemble des unités de reconnaissance, ainsi que des unités du Génie, de Tk, d’Aie, etc. Après la mission de couverture et le retour dans les lignes, ces unités rejoignaient leurs commandements organiques respectifs en vue de participer à la défense principale. Ce qui signifie que toutes ces unités, y compris Recce, planifiaient et préparaient deux missions successives.

La mission de couverture revêtait une très grande importance aux yeux du commandement, particulièrement auprès du Comd 1(BE) Corps, le Lieutenant Général Crahay. Aussi, le Comd FCouv était-il chargé de la préparation en personnel et matériel des unités de reconnaissance et avait, pour les Esc de Bde, délégué cette responsabilité aux Comd des deux Bn Recce divisionnaires.

Dernières restructurations

  • En 1969, à l’occasion de l’abandon de la garnison de Kassel et du déménagement du 2 JP vers Lüdenscheid, les 7 et 17 Recce, pour le motif d’homogénéisation linguistique des garnisons, furent rattachés au 4 ChCh qui avait entretemps perdu son Esc C.
  • En 1973, les Esc Recce de Bde furent supprimés des OB d’active et les 7 et 17 furent dissous pour former un nouvel Esc C 4 ChCh. Les trois Bn Recce reprirent donc l’organisation de 1957 à trois Esc Recce.
  • En 1974, l’arrivée des nouveaux véhicules CVR-T amenèrent une modification fondamentale des Esc Recce. Cette nouvelle organisation dura jusqu’à la dissolution des unités Recce existantes.

[1] La cavalerie belge au fil des siècle, édition du Perron, 2014, p. 193